Le maître
Edmond, Elie JOURDRAN était un jeune médecin de marine de 31 ans. Il était né le 4 Mai 1869 à May sur Eure, en Maine et Loire. Il était entré à l'Ecole Principale du Service de Santé de la Marine de Bordeaux en Octobre 1890, arrivant de l'école de Médecine Navale de Rochefort.
Destiné à devenir Officier de Santé dans la Marine à l'origine, il changea d'orientation pour devenir Docteur en Médecine
1890 fut l'année de création de l'Ecole Principale du Service de Santé de la Marine : Edmond Jourdran appartenait donc à la première promotion d'élèves de cette école.
Esprit trés ouvert et orienté vers la recherche, il consacra une partie de ses études à des travaux en sciences fondamentales et il fut membre de la Société d'Anatomie et de Physiologie de Bordeaux.
Vers la fin de son cycle universitaire, il s'orienta vers la recherche clinique et il observa dans le service de maternité, où il servait en tant qu'interne, de nombreux cas de la redoutable septicémie puerpérale.
Il en fit son sujet de thèse de doctorat, et acquit ainsi, une maturité d'esprit et une expérience clinique qui allaient lui servir au cours de son temps d'enseignement à Madagascar.
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Thèse sur la septicémie puerpérale de Edmond Jourdran
Sa thèse ayant été soutenue avec succés,il fut nommé médecin auxiliaire de 2ème classe de la marine : c'était l'aboutissement du cycle universitaire déroulé à Bordeaux.
Il fut affecté au port de Brest. C'est là qu'attendant de partir en mer et d'aller d'un port à l'autre, attaché à un équipage à qui il prodiguerait ses soins, il eut l'opportunité du choix d'une autre manière de servir.
Le Ministère de la Marine et des Colonies offrait aux jeunes médecins en attente d'une affectation, d'aller exercer dans une colonie française la médecine sous ses formes les plus variées.
Son choix fut vite fait, et trois mois aprés il choisit de partir en Guyane, avec l'appellation de "médecin des colonies".
En Guyane, c'était la découverte de la médecine intinérante qui allait le conduire dans les léproseries de l'ACAROUANY, des Iles du Maroni, du bourg de Mana.
C'était une découverte clinique et ethnoculturelle qui l'emportait sur la recherche bactériologique du Bacille de Hansen, découvert 20 ans auparavant mais sur lequel les thérapeutiques étaient décevantes.
L'humaniste évoquait la citation de Xavier de Maîstre, tirée du livre "Le Lépreux de la cité d'Aoste".
La solitude n'est pas toujours au milieu des forêts et des rochers. L'infortuné lépreux est seul partout
Le clinicien observait le "COCOBE" ou "Mal rouge de Guyane" qui touchait les guyanais d'origine africaine, les Européens, mais épargnait les Amérindiens qui semblaient présenter une immunité naturelle, opinion confirmée par les confrères de la Guyane hollandaise.
A Cayenne, en tant que médecin chef du service d'hygiène et médecin-inspecteur des Ecoles, Edmond Jourdran fut confronté à l'atteinte lépreuse de familles franco-guyanaises.
Il dressa l'arbre généalogique de certaines de ces familles, reconnaissant la contagion familiale et recensant les nombreuses causes de contamination domestique.
Aux termes de cette expérience tropicale, il revint à Marseille en 1896, pour repartir immédiatement à Madagascar, où nous le retrouvons à ANTANARIVO en Août 1896. Cinq mois plus tard, il était chargé de cours à l'école de Médecine.
Une telle vocation peut surprendre, à l'heure actuelle, mais il faut revoir le contexte de l'époque, au début de la colonisation.
La colonie de Madagascar devenait francophone. L'enseignement de la médecine était dévolu à des anglophones, missionnaires religieux ou laïques. Leur école "The Medical Missionary Academy", fut fermée.
La priorité était donc d'ouvrir une Ecole de Médecine francophone sous l'égide des médecins présents sur l'ile. Cette priorité coïncidait avec le voeu du Général GALLIENI, premier gouverneur de l'ile; voeu qu'il concrétisa par la signature, le 11 décembre 1896, du décret de création de l'Ecole de Médecine de Tananarive.
Le médecin de 2 ème classe Jourdran fut nommé professeur à l'Ecole le 2 février 1897.